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  • Raphaël Zarka

    Raphaël Zarka

    Diplômé de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, ce plasticien français est à la fois photographe, sculpteur, vidéaste… et auteur de livres sur le skate-board qu’il pratique avec passion.

     

    Ancien pensionnaire de la Villa Médicis, il pratique un art « ouvert » qui renvoie à la science, l’industrie, la philosophie l’écologie, la politique… Un art qui sollicite l’intelligence et force l’imagination. En quête perpétuelle de nouvelles trajectoires, l’artiste collectionne les formes à la manière d’un archéologue. Des formes abstraites, pensées, construites qu’il ne cesse de recenser ou de réinterpréter. A reçu le prix de la Fondation Ricard en 2008.

     

  • Vincent Mauger

    Vincent Mauger

    Vincent Mauger est un jeune artiste de 36 ans né à Rennes et vivant à Nantes. Il obtient au fil de sa formation : un diplôme d’Arts Plastiques en 1997 suivi d’un diplôme supérieur d’Expression Plastique en 1999 à l’école des Beaux-Arts d’Angers. Une année plus tard, il est félicité à l’unanimité lorsqu’on lui remet son diplôme supérieur d’arts plastiques aux Beaux-arts de Paris et lui est alors octroyée une bourse d’aide à la diffusion. En 2002, il obtient les félicitations du jury lors de sa soutenance au mastère “Espaces plastiques, espaces numériques” aux Beaux-arts de Rennes. En 2004-2005 il complète son cursus à l’école des Beaux-arts de Nantes.

     

    Il travaille des matériaux “pauvres” en jouant avec le volume et l’espace afin de redéfinir ce dernier et lui donner une nouvelle dimension. Artiste sensible et logique, tous ses travaux s’appuient sur une réflexion sur la forme et le/les matériaux employés. Il ébauche et élabore alors son travail via des esquisses et modélisations tests générées sur ordinateur. Une fois que son projet lui convient, cette personne a l’apparence pourtant fragile va attaquer le matériau en s’aidant souvent d’une tronçonneuse. J’aime beaucoup ce rapport à la violence lors du processus créatif. A mon sens, à l’image des violences (au sens premier du terme) que l’on peut subir tout au long de sa vie et qui nous forment, nous taillent au vif pour parfois tirer le jus de ce qu’il y a de meilleur en nous, le travail de cet artiste sur la matière l’attaquant afin de faire sortir quelque chose est à quelques égards similaire. Il redonne ainsi un sens et une existence aux matériaux simples qu’il emploie. Ranges-bouteilles alvéolés en polystyrène ou en terre cuite, cagettes en PVC, tasseaux et divers bois non-nobles deviennent autant d’éléments pourtant du quotidien qui modifierons notre rapport à l’espace dans lequel la sculpture est placée.

  • Cyprien GAILLARD

    Cyprien GAILLARD

    Entre iconoclasme et esthétique minimale, romantisme et Land Art, le travail de Cyprien GAILLARD (né à Paris en 1980, vit et travaille à Berlin) interroge la trace de l’homme dans la nature et face au passage du temps. À travers ses sculptures, peintures, gravures, photographies, vidéos et performances, mais aussi d’importantes installations et interventions dans l’espace public, il s’est imposé comme une figure majeure de la scène artistique internationale émergente.

    Qu’il commande à un peintre paysagiste des vues champêtres de banlieues suisses, cadrant au sein de leur environnement naturel verdoyant des barres d’immeubles austères (Swiss Ruins, 2005), ou qu’il insère des tours modernistes dans des gravures paysagères hollandaises du XVIIème siècle, transformant ainsi les visions naturalistes de REMBRANDT et autres en terrains à bâtir (Believe in the Age of Disbelief, 2005), Cyprien représente l’architecture contemporaine comme une ruine moderne sur le point d’être envahie par la nature. En cela, il applique métaphoriquement le précepte de Denis DIDEROT selon lequel « Il faut ruiner un palais pour en faire un objet d’intérêt. », comme le peintre ruiniste Hubert ROBERT le fit avec le Louvre au XVIIIème siècle.

    Dans sa série The New Picturesque (depuis 2007), Cyprien GAILLARD questionne la représentation de la nature à travers la notion de “pittoresque”, littéralement “Ce qui mérite d’être peint” : à l’origine, au XVIIIème siècle, un paysage dur ou accidenté, avant de s’édulcorer pour ne plus désigner qu’un paysage à la joliesse un peu mièvre. Intervenant avec de la peinture blanche sur des peintures de paysage du XVIIIème ou XIXème siècle, ou avec des découpages de papier blanc sur des cartes postales de châteaux, ilen recouvre les éléments narratifs, révélant ainsi leur qualité pittoresque originelle.

    Cette série fait écho au geste minimal de celle des Real Remnants of Fictive Wars (2003-2008), performances de Land Art, documentées en vidéos et photographies, où l’artiste déclenche des extincteurs industriels dans des paysages soigneusement choisis, comme par exemple l’iconique Spiral Jetty de Robert SMITHSON, produisant un nuage aussi vaporeux que menaçant qui souligne la beauté des lieux tout en les vandalisant.

    Cyprien GAILLARD explore la notion d’entropie chère à SMITHSON, en la confrontant à des questions telles que le vandalisme, la décadence des utopies modernistes et la spectacularisation de la nature. Par exemple, la vidéo Pruitt Igoe Falls (2009) qui mêle en un fondu enchaîné la démolition nocturne d’une tour à Glasgow et l’illumination des chutes du Niagara. Ou bien la vidéo Crazy Horse (2008), consacrée à la sculpture monumentale, la plus grande au monde, du chef amérindien, en train d’être taillée au bulldozer et à l’explosif dans une montagne sacrée – une façon parfaitement entropique de célébrer le lien des Amérindiens avec la nature. Ou encore la série des Cairns (depuis 2007), photographies d’amas de gravois prises juste après la démolition d’immeubles dans le cadre de réhabilitations urbaines, qui reprennent les codes de la photographie de Düsseldorf – monumentalité, frontalité, absence de narration – tout en les poussant à leur stade ultime : au lieu d’un bâtiment moderniste arrogant, n’en subsiste plus qu’une pyramides de ruines.

    Sur le mode d’une “archéologie du futur”, Cyprien GAILLARD collecte ces occurrences d’entropie dans son impressionnante série de Geographical Analogies (2006-2009), boîtes rappelant les vitrines des musées d’histoire naturelle et contenant chacune neuf polaroids pris par l’artiste aux quatre coins du monde et assortis selon des analogies parfois évidentes pour le spectateur, parfois personnelles à l’artiste.

     

    Mais de la même façon qu’Hubert ROBERT, en représentant le Louvre en ruine, ne parlait pas tant d’architecture que de la place des hommes dans cette architecture et face aux ravages du temps, les immeubles en ruines et les paysages voués à disparaître de Cyprien GAILLARD ramènent romantiquement l’homme à sa propre et inéluctable destruction. L’obsolescence programmée des architectures est aussi celle de la jeunesse qui s’y débat, que l’artiste constate et célèbre dans le même temps.

    Ainsi, dans la vidéo The Lake Arches (2007), un jeune homme se casse le nez après avoir plongé dans un plan d’eau ceinturant une emblématique architecture postmoderne de logements sociaux de Ricardo BOFILL, comme des douves protégeant une forteresse impénétrable pour cette génération pourtant née en même temps qu’elle. Ou la vidéo Desniansky Raion (2007), qui alterne entre ordre et chaos, d’une bataille rangée entre deux bandes de hooligans dans une banlieue de Saint-Pétersbourg au survol d’une forêt de tours grises de la banlieue de Kiev, d’où finit par émerger un parfait ordonnancement circulaire évoquant le site mégalithique de Stonehenge, en Angleterre, en passant par le spectacle grandiose mêlant lumières, lasers et pyrotechnie sur la façade d’une barre HLM avant qu’elle ne s’effondre foudroyée. Ou bien encore Cities of Gold and Mirrors (2009), la dernière vidéo en date de Cyprien GAILLARD, qui met en parallèle déréliction de la jeunesse et ruine des civilisations précolombiennes à Cancún, au Mexique.

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    Cependant, dans un mouvement d’éternel recommencement, ces destructions s’accompagnent de renaissances, et Cyprien GAILLARD a commencé à créer son propre “parc aux ruines”, constitué de monuments disséminés dans le monde : une monumentale sculpture en bronze d’un canard, ancien symbole d’un quartier moderniste de Paris hier à l’abandon, aujourd’hui en pleine réhabilitation, déplacée dans différents contextes, comme par exemple la terrasse de la Neue Nationalgalerie de Berlin (Le Canard de Beaugrenelle, 2008). L’allée principale du château de Oiron couverte de gravats recyclés issus de la démolition d’une tour d’Issy-les-Moulineaux, obligeant le visiteur à marcher sur les ruines de l’utopie moderniste pour accéder à un chef d’œuvre du patrimoine (La grande allée du château de Oiron, 2008). Un obélisque de 15 tonnes en béton recyclé après la démolition d’un immeuble de logements sociaux de Glasgow (Cenotaph to 12 Riverford Road, Pollokshaw, Glasgow, 2008). Ou récemment, à La Haye, l’excavation d’un bunker de la Seconde Guerre mondiale enfoui et oublié sous une dune de sable, faisant resurgir, comme l’imaginait Paul VIRILIO dans Bunker Archéologie, un monolithe brutaliste de béton en même temps que la mémoire oubliée de la ville (Dunepark, 2009).

    Site internet de l’artiste.

  • Guy Ben Ner

    Guy Ben Ner

    Depuis le début des années 1990, Ben Ner a filmé une série de courtes vidéos se mettant en vedette, lui et sa famille , en utilisant souvent les espaces intimes de leur maison comme un ensemble ad hoc, studio, et salle de jeux fantastique. Ses œuvres sont souvent exposées avec la simple décors et les accessoires créés pour les vidéos.

     

    Wild Boy (2004), une adaptation du film de 1970 L’Enfant sauvage de François Truffaut, peut être représenté sous deux formes : seul, ou incorporé dans une installation qui recrée, un bois que l’artiste construit dans sa cuisine, avec un arbre et une colline tapissée sur lequel les visiteurs peuvent s’asseoir pour regarder la vidéo. Dans Stealing Beauty (2007), la famille de l’artiste met en scène le théâtre de guérilla dans les showrooms Ikea. Déplacement entre les écrans, ils mènent un fac-similé raisonnable de la vie familiale ; vaisselle faite, discipline imposée, discussions tenues (la propriété privée est un sujet).


    In Foreign Names (2012), Ben Ner a visité près de 100 emplacements Aroma Espresso Bar, a laissé un faux nom en anglais qui serait appelé au comptoir lorsque sa boisson serait prêt, pour créer une ode” déplorant la disparition des serveurs.

  • Thomas Ruff

    Thomas Ruff

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    Thomas Ruff. ‘jpeg ny02’ 2004
  • Cy Twombly

    Cy Twombly

    L’œuvre de Cy Twombly se développe en marge des courants dominants de l’art américain et s’organise en de vastes cycles qui alternent. Jamais illustratrice, ni uniquement abstraite, elle demeure en retrait des débats concernant la figuration, ce qui constitue un apparent paradoxe formel. Celui-ci lui confère un caractère multiple et unique à la fois, dont témoignent l’ampleur et la diversité de ses œuvres sur papier.

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    Cy Twombly. Venus, 1975

    L’œuvre peinte montre une grande diversité dans ses techniques et ses enjeux. Nombre de ses toiles sont des surfaces blanches recevant toute sorte de traces : chiffres, croix, schémas géométriques, barbouillages réalisés au doigt, griffonnages en hachures ou en boucles, écoulements sanglants ou scatologiques et enfin quelques mots (noms de dieux ou de héros antiques, vers de poètes célèbres, etc.). La peinture à l’huile reprend les teintes des humeurs corporels (du blanc-crème au brun en passant par tous les dégradés de rose et de rouge) et se mêle aux crayons de papier et crayons de couleur de l’enfance. L’écriture est heurtée, les lettres capitales se mélangent aux minuscules, les mots les plus simples sont raturés. L’œuvre achevée, l’essentiel de la surface de la toile reste vierge. Se joue donc ici la rencontre entre une forme de primitivisme enfantin, les tréfonds de la psychanalyse et la culture classique (qui, par les modes de son intrusion sur la toile et le choix des titres, semblent toujours être l’horizon absolu de l’univers du peintre).

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    Au cours des dernières années, et malgré son âge avancé, l’artiste s’est considérablement renouvelé. Du motif, peint grossièrement, s’écoulent des traînées de peinture colorées qui rejoignent le bord inférieur de la toile. Chaque motif apporte ses propres couleurs si bien que le bas de certains tableaux est une juxtaposition de coulures dont les teintes alternent aléatoirement. Le gribouillage énergique a donc laissé sa place à un geste plus ample avec une peinture liquide sur laquelle la gravité agit. De plus, la palette est plus riche et les couleurs (notamment les jaunes ou les rouges) atteignent une intensité rare dans l’histoire de la peinture. Twombly prouve ici ses qualités de coloriste. Un thème nouveau est venu accompagner cette entrée dans la couleur : les fleurs. Sur des toiles ou des planches de plusieurs mètres de long, Twombly peint des roses ou des pivoines hors d’échelle en de grands mouvements d’enroulement.

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    Les vers d’Emily Dickinson ou de Ingeborg Bachmann accompagnent ces motifs. Reste une constante : le rejet de la maîtrise. L’écriture est raturée, biffée, parfois effacée sommairement ; les motifs feignent la maladresse ; la gravité, associée à la texture du support et à la viscosité de la peinture, déstructure les formes et engendre les traînées aléatoires. Les cycles Lepanto, Blossoms, Roses témoignent le mieux de ces récentes nouveautés.

    Il réalise aussi des sculptures, assemblages d’objets modestes qu’il recouvre de peinture blanche. Nombre d’entre elles sont des monuments du souvenir; leurs dimensions réduites, ajoutées à la simplicité et à la sensibilité, génèrent une poésie propre à l’artiste.

    Twombly est également photographe, activité dans laquelle on retrouve la modestie et la douceur poétique qui imprègne toute son œuvre..

     

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  • Sigmar Polke

    Sigmar Polke

    Sigmar Polke

    Né le à Oels (Silésie), maintenant Oleśnica (Pologne) et mort le à Cologne

    Artiste allemand contemporain qui a pratiqué essentiellement la peinture en faisant constamment l’analyse critique, dans ses aspects matériels et esthétiques autant que dans ses finalités culturelles. Mais son œuvre multiforme comporte entre autres la photographie, le cinéma, les installations et performances.

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    La famille de Polke a fui la République démocratique allemande en 1953. À son arrivée en Allemagne de l’Ouest, à Wittich, Sigmar Polke a commencé à passer du temps dans les galeries et les musées tout en travaillant comme apprenti dans une fabrique de vitraux appelée Düsseldorf Kaiserwerth, avant d’intégrer la Düsseldorf Kunstakademie (école d’art) à 20 ans.

    Là, il a fait des peintures qui incorporent des photographies sur la toile. À la remise des diplômes en 1968, il a publié un carton de 14 photographies faites avec un appareil-photo emprunté signifiant ses “sculptures de dessus de table” et ses performances. Pendant les quatre années suivantes, il a fait des milliers de photographies qui n’ont jamais été imprimées et plusieurs films jamais édités, pour des raisons financières. Autodidacte en photographie, Polke a fait avec l’aide de chimistes des expériences avec des produits chimiques, incorporant des erreurs et des éléments de hasard dans son travail fini.

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    Avec ses condisciples Gerhard Richter et Konrad Lueg, il a lancé à Kunstakademie un courant appelé le “Réalisme capitaliste“. C’est un anti-style de l’art, s’appropriant la sténographie imagée de la publicité. Ce réalisme se rapportait au modèle de réalisme artistique connu sous le nom de « Réalisme socialiste soviétique », donc la doctrine officielle d’art de l’Union soviétique, mais il a également commenté l’art de l’incitation à la consommation, « doctrine » du capitalisme occidental.

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    Le côté anarchique du travail de Polke a été en grande partie guidée par son approche critique paradoxale de l’histoire, des valeurs de la société occidentale, mais aussi du rapport que nous entretenons avec le temps, et son œuvre reste encore largement énigmatique tout en étant éminemment stimulante, « un champ de bataille où s’affrontent matières et sujets dangereux » pour reprendre la formule de Bernard Marcadé.

    Son irrévérence à l’égard des techniques traditionnelles de peinture et des matériaux, son plaisir à l’expérimentation et à se jouer des styles personnels (anciennes « marques de fabrique » qui permettaient d’identifier chaque artiste) comme des styles – figuration, abstraction, Expressionnisme, Romantisme… – ou des différents statuts de l’image – expressive, publicitaire, documentaire, ready-made… – toutes ces attitudes qui caractérisent sa démarche d’artiste ont établi sa réputation maintenant respectée de révolutionnaire visuel.

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    La peinture intitulée Paganini qui manifeste, mais comme un rébus peut le faire, la « difficulté de se défaire des démons du nazisme », est typique de la tendance de Polke à accumuler différents moyens plastiques sur une unique toile, mais en restant dans le domaine bidimensionnel, sans en faire jamais une œuvre multimédia. Polke combine souvent les laques, les matériaux de ménage, les couleurs thermo-sensibles, la peinture, les colorants, ainsi que des couleurs aujourd’hui retirées du marché pour cause de toxicité, mais aussi des mixtures à base d’aluminium, de fer, de potassium, de cire à cacheter, ou ses propres photographies. Plusieurs de ces matériaux se retrouvent ensemble souvent dans une seule pièce au point de mettre en péril la conservation de l’œuvre.

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    Le support traditionnel est souvent abandonné au profit de la toile à motifs imprimés. Il en assemble parfois plusieurs morceaux et cela peut constituer le l’essentiel et la raison d’être de l’œuvre : ce qui est habituellement caché apparait au grand jour. Il utilise aussi des voiles synthétiques transparents qui laissent visibles le châssis. Cette méthode révèle encore la démarche de l’artiste qui, sans jamais être démonstratif mais avec humour, se plait à révéler l’« envers du décor », et nous inviter à interroger le visible, ne pas évacuer ce qui le sous-tend. Des fragments de “récits” complexes utilisent souvent le médium photographique, ou la copie d’écran, mais manipulé au point que l’image est partiellement détruite rendue à une matière plus ou moins informe, et pourtant transposée en peinture bien souvent avec le plus grand soin. Ce récit fragmentaire est souvent implicite dans l’image multicouche, donnant l’effet de la projection d’hallucinations ou d’images de rêve sur une série de voiles superposés. mais l’« image » peut aussi n’apparaître que s’il y a un observateur pour la « réchauffer » avec une lampe électrique 5. Ou encore, c’est en travaillant des deux côtés de la toile en misant sur la transmigration lente du travail réalisé sur le dos de la toile vers la face. Ou en réalisant une peinture qui se métamorphose dans la lumière changeante de Venise, du matin au soir. Ici le temps nous est donné à voir comme un co-réalisateur de l’œuvre.

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    Polke a fait une série de voyages à travers le monde pendant les années 1970, dont il manipule les photographies au Pakistan, à Paris, à New York, en Afghanistan et au Brésil. Ces photographies font partie intégrante de son œuvre.

    En 2010, Sigmar Polke obtient le Prix Haftmann, récompense artistique la plus richement dotée en Europe (150 000 Francs suisses, soit 120 000 €), décerné par la Fondation Roswitha Haftmann, une fondation suisse, à un « artiste vivant ayant produit une œuvre de première importance. »

    Sigmar Polke est mort à l’âge de 69 ans, le .

    « Tout évènement, plastique ou même historique, peut se retourner contre lui-même, au point de signifier le contraire exact de ce qu’il était censé primitivement exprimer. »

    © Sigmar Polke

    Exposition Palazzo Grassi

  • Jake et Dinos Chapman

    Jake et Dinos Chapman

    Après avoir étudié au Royal College of Art, et fait partie des Young British Artists, Jake et Dinos Chapman travaillent comme assistants de Gilbert & George. Ils collaborent à un projet commun depuis le début des années 1990 pour marquer le monde de l’art : tout d’abord par leurs statues (inspirées des mannequins commerciaux en résine), représentant notamment des scènes de torture ou des enfants mutants nus (Fuck faces, 1994 et Cock-shiter, 1997), avec de multiples sexes en érection et orifices sur le corps.

    La véritable dimension de l’œuvre tient au cynisme de l’ambition, qui est explicitement d’atteindre à une valeur culturelle nulle. Leur art ne vise qu’à produire une esthétique de l’inertie, de l’indifférence, du détachement.

    Récemment, leur travail s’est axé sur la construction de maquettes, agrémentées de figurines en modèle réduit, et représentant diverses scènes, notamment l’Holocauste sur la pièce intitulée Hell1 ou le cycle Come and See (2013)2, dont le titre est emprunté au film du même nom d’Elem Klimov (traduit en français par Requiem pour un massacre). .

    Ces artistes jouent beaucoup sur l’effet de choc de leurs thèmes (moralité, religion, sexe, mort, philosophie, histoire de l’art, société de consommation, etc.), sur la controverse et le second degré. Les œuvres mêlent souvent l’humour et l’horreur.